L’Illustratrice

Quoi de mieux qu’une interview pour parler d’une personne? Voici donc Anne-Catherine Boudet, interrogé par Ezix, issu d’un article publié le 14 février 2011 sur CampusCherub.com :

Bonjour Anne-Catherine, et merci d’avoir accepter de répondre à nos questions. Donc, la première chose que j’aimerais savoir est: Pour réaliser les couvertures, sur quoi vous basez-vous? Le titre? L’histoire? Pour commencer, je vais centrer ma réponse sur les couvertures du type CHERUB et Henderson’s Boys (Casterman) ou celles de la collection Scripto (Gallimard Jeunesse), car c’est à peu près le même processus pour celles-ci; il faut savoir que selon les types de commandes et de collections, ce n’est pas forcément tout à fait la même chose et ce serait un peu long de développer tout cela par écrit! J’ai une méthode qui n’est pas pratiquée ou partagée par tous, à lire le manuscrit; c’est indispensable selon moi pour se familiariser avec l’univers et les personnages que l’auteur, en quelque sorte, a voulu nous faire rencontrer et puis il y a parfois des détails (mais qui ne doivent pas être anecdotiques sinon cela devient gratuit graphiquement) qui permettent d’alimenter la couverture. Lorsque ce ne sont pas des reprises de livres existants, les titres ne sont pas toujours décidés avant que la couverture ne soit engagée – il faut donc parfois prévoir un espace suffisant sur la couverture pour éviter d’avoir la surprise d’un titre très long! -; pour information, j’ai souvent les premiers manuscrits, les premières traduction non corrigées et le titre découle du travail fait au fur et à mesure sur le texte par l’auteur en association avec l’éditeur. Et puis, imaginons un instant l’ennui, selon moi toujours, par exemple d’avoir un titre comme « la grand-mère et son chat » et de voir sur la couverture une grand-mère… et son chat! Il faut intriguer le futur lecteur, presque composer un décor ou une ambiance qui invite à s’installer dans l’univers de l’histoire. Ainsi, en lisant le texte je relève des mots ou des phrases qui me paraissent « clefs » mais qui ne doivent pas être trop abstraits, pour ensuite faire un tri et les réduire au principal.

Couverture illustré par Anne-Catherine Boudet
Couverture illustré par Anne-Catherine Boudet

Comment réalisez-vous les couvertures? Et comment s’organise votre journée? Donc pour créer une couverture, je dirais qu’il y a d’abord une phase de conception puis ensuite une phase de réalisation. La phase de conception je viens de la décrire à la question précédente. Vient ensuite la phase de réalisation qui consiste à faire des recherches d’images sur des banques d’images sur internet ou dans des livres pour me documenter à partir des mots clefs que j’ai notés. Puis, après avoir fait un petit crayonné dans un carnet, je fais des essais de montages en basse résolution, sur ordinateur, avec les photos récoltées sur les banques d’images et/ou des photos que j’ai faites moi-même parfois et/ou des collages et/ou des titres à la main ou en typographie (c’est la police de caractère, le lettrage en quelque sorte) que j’aurai soigneusement choisie. Parfois aussi je travaille avec des illustrateurs et il faut leur passer commande: c’est ensuite un travail à trois (l’illustrateur, l’éditeur et moi) pour être d’accord sur le contenu de l’illustration. Je soumets donc deux à trois propositions (maximum) de mes petits montages en basse résolution aux éditeurs et nous discutons selon leurs ressentis, s’il y a une idée qu’ils pensent mettre plus en avant qu’une autre, supprimer ou ajouter des éléments etc. Enfin, lorsque le principe est validé par les éditeurs (mais pas seulement car derrière il y a aussi des tas d’autres décideurs) il faut faire appel à la banque d’images pour acheter celle qui nous intéresse et refaire le montage en haute résolution. Le tout est livré à ce que l’on appelle un « graveur » ou « photograveur » (nom qui vient des anciennes méthodes de fabrication qui ont beaucoup évoluées ces 10 dernières années) qui nous fournissent des épreuves pour que je contrôle qu’aucun élément n’ait disparu ou soit bien lisible ou surtout, c’est le principal, que les couleurs soient correctes, car nous pouvons les retoucher via les logiciels appropriés avant de d’envoyer tout les fichiers chez l’imprimeur qui se basera sur les épreuves couleurs du photograveur validées par moi, pour caler les couleur de sa machine.

Combien de temps mettez-vous à réaliser une couverture ? Tout cela ne se fait pas en un seul jour, il y a des tas « d’allers-retours » par mails de discussions ou corrections, et l’attente entre ces allers-retours peut-être longue; de ce fait, je ne travaille jamais sur une seule couverture à la fois, je réalise d’ailleurs d’autres travaux que les couvertures (des pochettes de CD, des programmes de concert, des affiches, des emballages de parfums etc.); je me déplace chez les clients pour récupérer des documents, pour parler des projets et prendre ce que l’on appelle un « brief » qui permet au client (éditeur ou autre) de définir le projet et en même temps, parfois, proposer l’orientation qu’il souhaiterait que je prenne. Une commande peut s’effectuer en mars, pour un livre qui sera vendu en septembre… mais je n’aurai pas passé 6 mois complets dessus! Au total je dirais qu’il faut compter une bonne semaine complète.

Autre couverture signée Boudet
Autre couverture signée Boudet

Enfin, pouvez-vous vous présenter en quelques mots? Comment vous joindre et voir vos autres créations? En quelques mots, je me définie comme designer graphique (j’ai fait une formation de 5 années en « design graphique et typographie » dans une grande école) car mon métier est de concevoir des projets du tout début jusqu’à leur réalisation, je veux faire des choses durables et pas du décoratif et à la mode, qui ne tiendra plus la route au bout de trois ans; c’est ce que m’a enseigné la formation que j’ai suivie: aller au fond du sujet et de l’idée pour être solide dans la concrétisation. Il est possible de voir mon travail sur mon site (que je n’ai malheureusement pas eu le temps de mettre à jour!) www.basdecasse.com, mais aussi sur le site de Casterman pour tous les Cherub en format poche, les HB et quelques autres dont je ne vais pas faire la liste; il y a aussi le site de Gallimard Jeunesse pour les titres de la collection SCRIPTO que j’ai tous réalisés jusqu’en 2009 car les suivants ne sont plus de moi (j’ai cessé cette collection au bout de 7 années consécutives). J’ai un blog de photos également (le lien est sur mon site mais il y a un petit bug et je crois qu’il saute de temps en temps): www.ohmonoeil.blogspot.com

Une réaction sur “L’Illustratrice

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