Robert Muchamore raconte sa tentative de suicide

Édito. Évidemment, avant de publier cet article, plusieurs questions se sont posées. La première, légitime, était de savoir si Robert Muchamore aurait aimé voir son histoire racontée sur un fansite de son univers. Sans trop de débat, l’affirmative s’est imposée. En effet, le texte que vous allez lire n’est ni plus ni moins que le témoignage qu’à écrit l’auteur de CHERUB pour la version magazine de The Telegraph, sorti ce jeudi. N’hésitant pas à en faire la promotion sur ses réseaux, le Britannique est donc dans une volonté de partager son vécu et son expérience. La seconde, plus épineuse, tourne autour de l’audience même de The CHERUB District. Ce témoignage peut-il être lu par un fan de CHERUB âgé de 11 ans, qui vient de terminer 100 jours en enfer et qui cherche sur le web des infos sur cet univers incroyable ? Eh bien étonnamment oui, qu’on est 11, 15, 20, ou 35 ans, ce texte écrit par Robert Muchamore est pertinent et enrichissant, notamment à travers la morale – s’il doit en avoir une – qu’il dresse : parler et communiquer, qu’importe le problème, aussi grave qu’une envie de suicide. Il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour l’apprendre. Enfin, la dernière question, reposait sur le titre de cet article. À l’heure où les titres putaclics sont la norme sur le web, pour tenter de rendre un contenu lambda incroyable, l’hésitation était présente. Parce que ce témoignage, ce contenu, est justement incroyable, un titre aussi simple que dur pouvait paraître suspect. Le sujet de l’article n’étant pas commun, les interrogations qui l’ont suivi l’étaient aussi. Ce texte, même s’il n’est pas traduit par Antoine Pinchot, nous montre encore une fois le talent d’écriture de l’auteur de Killer T et Artic Zoo : le sujet est grave, mais l’écriture est belle. Ah et spoiler : Robert Muchamore va beaucoup mieux aujourd’hui.

Au Hay Festival de 2011, j’étais déjà un auteur expérimenté. J’avais écrit 13 livres de jeunesse à succès, et j’étais apparu dans une douzaine d’événements. La route depuis Londres avait pris cinq heures et je pouvais sentir l’excitation monter.

Après ma session de questions/réponses, j’avais annoncé ‘Encore une question‘. Les mains se sont alors baissées, les chaises se sont effondrées et 300 enfants se sont battus pour être les premiers dans la file d’attente des dédicaces.

Écrire un roman est un acte solitaire. Des milliers d’heures à vivre dans sa tête pendant que des touches remplissent un écran blanc. Si j’écrivais pour des adultes, je pourrais peut-être trouver à un dîner quelqu’un qui admire poliment mon travail. Mais les jeunes fans ne se retiennent pas. Ils veulent des selfies, ils ramènent des sacs avec tous mes livres, tandis que leurs parents partagent aussi cet amour : « Mes garçons ne lisaient pas avant qu’ils ne découvrent vos livres…« 

Quand je me suis assis dans la voiture pour retourner à Londres, j’étais heureux, mais ça n’allait pas durer.

Essayer d’expliquer la dépression à une personne qui n’a jamais été déprimée, c’est comme essayer de ressentir la douleur de l’accouchement en lisant « La grossesse pour les Nuls ».

Il est facile de dire ce qui m’est arrivé en 2012 : j’étais devenu gravement déprimé. Après avoir tenté de me pendre, j’ai passé trois mois dans un hôpital psychiatrique privé et j’en suis ressorti début 2013. Beaucoup de choses avaient alors changé, dans un sens positif pour la plupart.

C’est plutôt lorsque vous demandez pourquoi cela s’est produit que les choses se compliquent. Il est difficile de l’expliquer rationnellement car c’est une maladie définie par le fait de vivre un niveau irrationnel d’émotions négatives. Si un parent dont l’enfant meurt va vivre un chagrin accablant, dans la plupart des cas, il ne deviendra pas dépressif ni suicidaire. Mais une personne atteinte de maladie dépressive peut être sujette au désespoir parce que deux amis se sont réunis pour manger sans l’avoir inviter, ou parce qu’un partenaire n’a pas répondu au message WhatsApp.

Début 2012, beaucoup de petites choses me rongeaient. Les débats des repas familiaux de fin d’année étaient toujours dans l’air et le livre que j’écrivais ne se préparait pas. J’avais acheté une maison neuve à un développeur qui avait fait faillite six semaines plus tard. Et même si c’était la maison de mes rêves, je me battais depuis des mois avec un chauffage défectueux, des fenêtres qui prenaient l’eau et une baignoire qui s’écoulait à travers le plafond du salon.

Ces problèmes étaient relativement mineurs, mais ma pensée n’avait nulle part où aller. Tous mes sentiments se sont brisés dans un alignement négatif.

C’était une soirée pluvieuse de janvier et j’avais juste ouvert l’eau pour prendre une douche quand j’ai remarqué une tâche brune au plafond. Il ne pourrait s’agir que d’une nouvelle fuite du toit plat. J’ai gémi en pensant aux galères de faire une nouvelle demande de garantie sur ma maison, mais le problème a été submergé par le besoin de pleurer.

Je me suis effondré contre les carreaux de la salle de bain en sanglotant. Cela a duré plusieurs minutes, son intensité dépassant de loin tout ce que j’avais vécu et j’imaginais que c’était un problème physique. Je suis tombé sur mon ordinateur portable et j’ai commencé à googler les symptômes des accidents vasculaires cérébraux et des tumeurs cérébrales. J’ai presque appelé le 999, mais en sanglotant, j’ai fait le lien entre la montée sans précédent d’émotion et la découverte de la fuite dans la salle de bain. J’avais désespérément envie de parler à quelqu’un, mais je vivais seul et mes amis et ma famille étaient des gens sensés. Ils me diraient probablement de me calmer et de passer à autre chose.

Après l’explosion initiale, mon monde est devenu noir. Van Gogh a écrit qu’être dépressif, c’est « comme si on était allongé au fond d’un puit profond et sombre, totalement impuissant ». Chaque petit recul m’a plongé dans le désespoir et j’ai passé des heures en ligne à essayer de trouver un moyen de l’arrêter. Je n’avais jamais souffert de dépression auparavant et si les membres de ma famille en avaient eu, ils n’en avaient jamais parlé ouvertement.

J’ai lu que l’exercice physique pouvait m’aider alors j’ai embauché un entraîneur personnel. Heureusement, je pouvais me payer un thérapeute (ce qui était une aide précieuse) et une variété de psychiatres qui m’ont donné des médicaments sans grande utilité.

À ce moment-là, j’avais atteint à 40 ans cette place où je devais organiser les réunions de famille et prendre soin de mes parents fragiles. Les hommes cachent souvent leurs vulnérabilités et c’est vrai. Admettre que je ne pouvais pas passer une journée sans pleurer et que des pensées suicidaires me venaient était quelque chose qui me paraissait incroyablement honteux.

Pendant les premiers mois, j’ai caché mes sentiments et ne me suis confié qu’à mon agent littéraire. Mais il était devenu difficile de maintenir le semblant de normalité pendant plus de quelques heures. Mon frère et mes amis proches ont donc commencé progressivement à réaliser que je n’allais pas bien.

Si ce qui a déclenché ma dépression était un banal mélange de blocages d’écrivain, de constructions douteuses et de crise de la quarantaine, la lutte pour me reconstruire m’a tout remis en question.

Je me concentrais sur ma carrière depuis une dizaine d’années, mais cela m’avait amené où ? Mes écrits avaient décollé au début de la trentaine, à un âge où les hommes songent souvent à se poser, mais je n’avais jamais eu de relation à long terme. Au lieu de cela, j’écrivais deux romans par an et passais jusqu’à 10 semaines par an dans des hôtels, voyageant pour des promotions et des événements. En 2012, mes livres se vendaient bien et j’avais gagné environ 1,2 million de livres sterling cette année-là.

Les personnes déprimées ont généralement le sentiment d’être :

  • Au plus bas, boulversé ou en larmes
  • Inquiet, agité ou irritable
  • Coupable, avec le sentiment de n’être rien
  • Vide et engourdi
  • Isolé et incapable de s’identifier à d’autres personnes
  • Incapacité de trouver du plaisir dans la vie ou d’en retrouver avec ce que vous aimez habituellement
  • Sentiment d’irréalité
  • Aucune confiance en soi ou d’estime de soi
  • Désespéré
  • Suicidaire

Ces années de construction de ma carrière avaient semblé être la période la plus heureuse de ma vie, mais vu à travers mes lunettes de dépressif, c’était comme si j’avais tout fait de travers. Mon intérêt s’est vite tourné vers les relations.

Dans mon état fragile et anxieux, j’avais l’illusion que ma dépression pourrait être guérie en trouvant la femme parfaite et le bonheur familial qui en découle. J’ai alors commencé les rencontres en ligne, de manière obsessionnelle, rencontrant parfois deux ou trois femmes en une semaine mais ne progressant jamais au-delà de quelques dates – et prenant chaque échec comme un autre signe d’inutilité.

Mon thérapeute a souligné que les nouvelles relations sont stressantes même lorsque votre santé mentale est bonne. Mon psychiatre s’est lui montré agressif : « Restez à l’écart de ces femmes jusqu’à ce que vous vous sentiez mieux.« 

Même au pire de ma vie, j’étais un dépressif fonctionnel : je pouvais cuisiner, me laver, me rendre à une réunion à l’heure et emmener mon père chez son ophtalmologue. Mais mes décisions sur des questions complexes étaient devenues de plus en plus instables.

Un jour, j’ai décidé de réaliser un film et je me suis inscrit à des cours de tournage que je n’ai jamais terminés. Un autre jour, j’ai décidé que l’écriture était trop solitaire, que je n’écrirais plus jamais, mais peu après, j’ai eu l’idée d’une nouvelle série de livres et j’ai signé un nouveau contrat lucratif.

Étant donné que ma dépression avait atteint son point culminant quand j’étais seul, des journées heureuses à écrire seul sans sortir, j’étais désormais passé au besoin désespéré de côtoyer les autres.

En été, mes pensées noires commençaient à alterner avec des moments extraordinaires. Une bouffée de chaleur sur mon visage alors que mon taxi roulait le long de Victoria Embankment ou manger un macaroni Waitrose me semblait être l’un des plus grands moments de ma vie…

Mon psychiatre craignait que je ne souffre du trouble bipolaire de type II, un trouble dans lequel on passe d’un état élevé à un état bas sans les symptômes psychotiques du type I. On m’a prescrit un stabilisateur de l’humeur, le lithium, en plus des antidépresseurs et des antipsychotiques que je prenais déjà. J’ai eu de telles secousses que je ne pouvais même plus monter les escaliers sans tenir la rampe, alors que les autres médicaments me faisaient vomir.

Le suicide était dans ma tête depuis un moment, mais ces pensées sont devenues une obsession. Je pouvais tenir assez longtemps pour pouvoir assister à une réunion de travail, mais le reste du temps, je vivais sous les couvertures de lit. Les tentatives d’écriture se sont soldées par de véritables larmes et il m’est arrivé de rester immobile pendant des heures sans penser à autre chose que de vouloir mourir. J’ai beaucoup googlé, jusqu’à ce que je sache quelles pilules prendre et combien d’étages il me fallait sauter pour être sûr de mourir.

Seul un instinct de survie de base me retenait, avec ce rappel effrayant de mon psychiatre : « Que ferait votre suicide à vos parents ? « 

Mais ma détermination s’est renforcée lorsque j’ai lu un article sur un écolier qui s’était pendu. Dans mon état suicidaire, ce n’était plus une mort tragique, mais un exemple héroïque. S’il pouvait échapper à cette vie minable, alors moi aussi.

J’ai décidé de me pendre. J’ai trouvé ce dont j’avais besoin en ligne et j’ai passé une demi-heure le doigt au-dessus du bouton « Acheter ». Quand le colis est arrivé, j’ai calmement déplacé les meubles. Il faisait noir, j’avais les larmes aux yeux en pensant que je ne reverrais jamais le soleil. J’ai bu du vin pour avoir du courage, j’ai pratiqué mes techniques de ligature, puis je suis monté sur une chaise et j’ai placé le nœud coulant autour de mon cou.

Je ne peux pas dire combien de temps je suis resté comme ça. Quelque part entre 10 et 30 minutes, larmoyant et virant entre calme et panique déchirante, alors que je pensais en finir. Mais je ne pouvais pas me résoudre à retirer la chaise.

Finalement, le vin a fait effet sur ma vessie et j’ai enlevé le nœud coulant pour me rendre aux toilettes.

Quand je suis sorti, voir la corde sous cette forme m’a effrayé. J’ai couru au téléphone pour appelé mon agent, qui a fait venir une équipe de secours.

Les amis et la famille ont convenu que je n’étais pas en sécurité seul chez moi. Ils m’ont suggéré d’aller à l’hôpital Nightingale, un établissement privé de santé mentale situé dans le centre de Londres. Bien que j’ai eu peur d’y aller, je n’ai pas beaucoup lutté.

Mon séjour là-bas m’a coûté 1 000 £ la nuit, et j’avais ajouté des extras comme des analyses de sang et des honoraires de psychiatre. La facture comportait six chiffres, mais j’étais arrivé avec la ferme intention de me tuer et l’hôpital m’offrait un sentiment de sécurité, c’était donc de l’argent bien dépensé.

Kate Moss et Amy Winehouse auraient séjourné ici, ainsi que Michael Jackson, qui aurait fait un don de mobilier d’extérieur après son séjour, laissant la petite terrasse du sous-sol telle une entrée de casino de Vegas. Pendant que j’étais là-bas, mes collègues-patients allaient des épouses dépressives de milliardaires arabes aux cadres de niveau intermédiaire venus grâce à leur assurance, en passant par cet adolescent dont le père avait dû réhypothéquer sa maison pour payer les soins privés après s’être senti laissé tomber par le NHS (ndlr: système de santé publique britannique).

Mon nouveau psychiatre de l’hôpital a déclaré que je prenais les mauvais médicaments. Les patients bavardaient au sujet de leurs médicaments et j’ai été surpris d’apprendre que différents psychiatres avaient prescrit différents médicaments pour le même problème.

Ma réponse aux médicaments psychiatriques a continué d’être « tous les effets secondaires, aucun des avantages», et pourtant la thérapie intensive à l’hôpital a commencé à avoir un effet positif.

Les jours de semaine étaient très structurés autour de deux groupes de thérapie, ainsi que de la méditation, du yoga et de la thérapie individuelle. Au début, je prenais trop de médicaments pour suivre un traitement intensif, mais mon arrivée à l’hôpital a involontairement déclenché l’une des étapes les plus importantes de mon rétablissement : informer les gens.

Alors que mon agent, ma famille proche et quelques amis étaient au courant de ma dépression, d’autres n’en savaient rien. Pendant presque un an, j’avais menti quand mon éditeur me demandait comment je me sentais. J’avais partagé de joyeuses anecdotes sur des déjeuners littéraires bien arrosés, je souriais sur les selfies de fans et je disais joyeusement à mes voisins en sortant les poubelles que tout allait bien.

J’avais choisi de mentir parce que j’étais embarrassé de mon état, mais chaque interaction sociale occasionnelle était un rappel stressant de ce que je ressentais vraiment.

Entrer à l’hôpital impliquait l’annulation des projets, donc tout le monde devait savoir. J’ai décidé que le moyen le plus simple était d’écrire un post sur Facebook: « Je souffre de dépression depuis le début de l’année. J’ai tout essayé, du sport à la drogue, mais cela semble empirer. Je pars dans un hôpital psychiatrique. Je poste ça parce que j’en ai marre de mentir à ce sujet. »

J’ai été choqué de recevoir plus de 400 réponses – pas seulement des amis qui me souhaitaient du bien, mais d’autres qui se sont dits heureux de m’être exprimé parce qu’ils avaient aussi des problèmes de santé mentale.

Ne plus garder ce secret m’a enlevé un énorme poids psychologique. Aujourd’hui, lorsque des gens me demandent des conseils sur la dépression, la première chose que je réponds est d’être honnête à ce sujet.

Au cours des trois mois suivants, l’hôpital devint un lieu de réconfort. Entendre les récits d’autres personnes a fondé ma propre vision de la vie et, en tant qu’écrivain pour jeunes adultes, j’ai été particulièrement fasciné par les patients adolescents. C’était une fenêtre unique sur de jeunes vies troublées. Quand j’ai décidé que je voulais écrire sur eux et leur quotidien, j’ai réalisé que c’était la première fois depuis des mois que je pensais à un avenir.

Au fur et à mesure que ma thérapie progressait, j’ai constaté que la dépression et la façon dont les patients s’améliorent sont aussi complexes et diversifiés que ceux qui la combattent. Pour remédier à la maladie mentale, il faut d’énormes ressources en temps et en personnel qualifié à tous les niveaux – la jeune infirmière psychiatrique qui s’asseyait au bout de mon lit était aussi utile que les thérapeutes et les psychiatres.

Surtout, je me sens chanceux de faire partie du petit nombre de personnes pouvant se permettre ce traitement. Les régimes de santé privés limitent généralement la couverture des maladies mentales à 14 ou 28 jours d’hospitalisation, et les patients du NHS souffrant de dépression peuvent attendre des semaines, souvent des mois, pour obtenir de l’aide.

À la mi-décembre, mes envies suicidaires s’étaient dissipées et j’ai été autorisé à passer le jour de Noël chez mes parents, dans leur petit logement. À l’hôpital, je n’étais sorti que pour quelques courtes promenades accompagnées, au point que même la routine de mettre un manteau et des gants me paraissait excitante.

Ce fut une journée étrange avec mes parents et mon frère, où l’atmosphère était silencieuse. Maman et Papa n’étaient pas du genre à discuter sentiments. Les traditions furent reprises : nous avons mangé un grand rôti, lancé des pétards, joué au Scrabble et rigolé lorsque mon père, qui ronflait pendant le discours de la reine, s’est réveillé et demandé quand le discours de la reine commençait.

Le seul échange émotionnel a eu lieu lorsque j’ai dû partir à temps pour prendre mes médicaments du soir. Maman a pleuré et m’a prise dans ses bras alors que je mettais mon manteau. « Ne t’inquiète pas« , ai-je crié, car elle était trop têtue pour porter ses appareils auditifs. « Je pense que je commence à aller mieux.« 

C’est l’une de ces choses que vous dites sans réfléchir pour réconforter votre vieille maman. Mais alors que j’étais assis à l’arrière de mon taxi, à regarder les rues vides un jour de Noël, j’ai réalisé que c’était vrai.

Baptiste Payen : « Une BD Henderson’s Boys ? J’adorerai bosser dessus »

Dans le monde de CHERUB, c’est désormais LA grosse sortie de l’année. Les romans graphiques de Casterman sont devenus depuis deux ans l’unique exclusivité d’un univers conclu par la sortie de l’ultime mission en novembre 2016. Pour cette « proposition » de Chute Libre, dixit Baptiste Payen, le Chambérien, scénariste des albums 2 et 3, s’est également vu confier le scénario et la coloration, son partenaire David Combet vaquant à d’autres projets. Pour cette 4e adaptation, disponible depuis ce mercredi 12 juin, The CHERUB District est revenu avec Payen sur ce lourd projet porté quasiment par un seul homme. Le trentenaire revient également sur ses différenciations avec Combet, l’accueil des fans sur son travail, tout en ouvrant la porte à un autre projet : réaliser une BD Henderson’s Boys.

Première question d’introduction : comment trouves-tu l’histoire de Chute Libre ?

Pour le moment, j’ai lu jusque Chute Libre : je n’ai pas encore pu prendre le temps de lire les suites. J’ai dû lire 30 pages des Survivants (le tome 5) pour l’instant. Cette mission, je l’ai trouvée assez intéressante concernant la psychologie de James, le titre français n’est pas un hasard. Intéressant de voir comment il encaissait son statut d’agent, celui d’ado en plein questionnement et son statut d’orphelin. On voit que le rapport aux autres est impacté. Donc sur la psychologie des personnages, Chute Libre est très pertinent. Sur l’histoire, honnêtement, j’ai moins accroché que Arizona Max, mon tome préféré. Mais l’idée de partir sur une mission banale avant de voir les personnages s’adapter aux événements, j’ai trouvé ça vraiment intriguant. Et avec le travail de Robert Muchamore, c’est super fluide en fait : on lit, on lit, on lit, et à la fin, on se rend compte que c’est terminé.

As-tu eu une documentation particulière pour recréer le style british de Muchamore, époque 2005-06 ?

Pour les décors, je commence toujours par faire un tour sur Google Street View. Robert Muchamore décrit des lieux fictifs, mais qui sont toujours bien référencés. Street View me permet donc d’avoir une première idée : je m’imprègne et après j’improvise. Ma conception de la BD, c’est que le décor doit servir le récit, il doit être le personnage supplémentaire. Donc ce n’est pas toujours fidèle à la réalité, même si je peux comprendre ceux qui privilégient la conception ultra-réaliste.

Tu as cherché à copier les dessins de David Combet ou tu as préféré distiller ton propre style ?

Forcément, je me suis inspiré du travail de David. Sur le design, on est assez proches mais sur la finalisation, ça n’a plus rien à voir : je suis plutôt bourrin, assez barbare, donc c’est beaucoup moins propre que lui même si j’ai essayé de cleaner ça pour correspondre. J’ai repris les designs de David pour commencer, puis après la question s’est moins posée au fil de l’ouvrage. Je pourrais forcer le style pour lui ressembler mais ça me prendrait un temps infini. Surtout ce n’est pas intéressant de dessiner en recopiant quelqu’un pendant tout un ouvrage de 122 pages, sachant que David pourrait légitimement m’en vouloir.

Sur le dessin, qu’est-ce qui vous différencie ?

J’ai un travail qui est plus aléatoire, où les personnages changent un peu plus que dans les pages de David : mon trait est vraiment plus barbare. Je fais un trait au pinceau à l’encre de Chine, donc ça ouvre un peu plus à l’accident que sur le travail de David qui est en tout numérique. Ce sont deux façons de faire donc fatalement deux rendus différents. J’ai naturellement des ambiances plus claires que le travail de David, qui a tendance à beaucoup saturer et à foncer les couleurs. On va dire que mes ambiances sont légèrement plus réalistes. Mais sur certaines scènes, j’ai essayé de coller à ce qu’il avait fait pour faire des rappels de son travail.

As-tu cherché à vieillir les personnages par rapport à Arizona Max ?

Non, je n’ai pas essayé de les grandir, même si en refeuilletant l’album, je trouve que j’ai un peu trop grandi Lauren sur certains cases. Après, depuis le tome 1 avec John Aggs, les personnages ont l’air plus vieux que l’âge réel. Si on continue la série, je pense que je vais les maintenir à la taille de Chute Libre sur l’album suivant avant de les refaire grandir.

En solo, j’imagine que la pression est plus grande…

La pression non, parce que l’éditeur a été très bienveillant sur ce travail-là. C’est plutôt le temps qui est difficile à gérer, et Casterman ne m’a pas forcé à respecter les délais, c’est plutôt l’inverse : ils ont accepté que je dépasse la date initiale. Je me met la pression tout seul, ça suffit bien ! (rires) Je pense que je vais être le plus sévère sur le résultat. Là j’ai été super bien accompagné par l’éditrice qui me disait même « tant pis, envoie moi des trucs plus tard mais pense à dormir aussi ».

Avec le recul, tu préfères le travail en duo ou en solitaire ?

Je préfère travailler en équipe. Si j’ai repris le dessin, c’est aussi pour garder la place au chaud pour David, s’il veut revenir sur les tomes suivants. C’est toujours plus agréable de travailler en équipe, d’échanger, de faire des propositions de storyboard et de voir comment quelqu’un de talentueux comme David s’en empare. D’habitude, soit je dessinais pour un scénariste, soit j’écrivais pour un dessinateur. Là c’était la première fois que je m’occupais du scénario, du dessin, de la couleur. C’est une nouvelle expérience sur mon CV. La prochaine étape, c’est de refaire tout ça avec un scénario personnel. Après, je vais continuer à faire des BD en solo, mais j’espère en refaire en équipe.

Muchamore x Payen

Avec David Combet, vous avez pu faire des dédicaces dans la région de Lyon et même une à Londres avec l’auteur : quelles ont été les réactions des fans concernant Trafic et Arizona Max ?

Sur un projet comme ça, on a toujours la trouille de décevoir les gens qui ont adoré le bouquin. Et après avoir échangé avec des fans, ils nous disent « on ne voyait pas les personnages comme ça, on ne voyait pas l’histoire comme ça ». Mais ils prennent toujours ce qu’on propose comme une interprétation et une proposition par rapport à l’univers de CHERUB, et non pas comme LE visage officiel des personnages. C’est vraiment une proposition parmi les fanfictions qui ont pu être faites. Au final, je m’attendais à une communauté de lecteurs beaucoup plus sévère alors qu’il y a une grande bienveillance.

Est-ce que ce n’est pas aussi une question d’époque ? J’ai ce sentiment, avec les BD CHERUB, que vous êtes un peu arrivés après « la bataille ». Dans le sens où comme la série est terminée, il y a beaucoup moins d’exigence que si les albums étaient sortis il y a 10 ans.

C’est possible. Peut-être que les fans hardcores se sont détendus, parce qu’ils ont attendu tellement longtemps pour une adaptation dessinée. Il y a peut-être plus de tolérance en se disant « nous on a grandi, nos personnages aussi, et cette proposition est l’occasion de se replonger dans l’univers ».

Est-ce que toi, personnellement, ça t’intéresserait de travailler sur une adaptation BD de Henderson’s Boys, avec des décors plus exigeants et cette idée de recréer le sentiment de la Seconde Guerre mondiale ?

J’adorerai bosser dessus, je ne l’ai pas caché à Casterman ! (rires) Je ne sais pas s’ils l’ont noté, mais en tout cas je ne le cache pas. C’est un univers, comme tu le dis, plus exigeant historiquement parce que moins varié au niveau de l’iconographie qu’on peut avoir de cette époque. J’ai déjà fait une BD historique sur la Résistance avec Olivier Jouvray chez Glénat (Résistants oubliés, 64 pages, 2015) et c’est vrai que le travail de recherche et de documentation est assez passionnant. Même si parfois c’est flippant parce qu’on voit des images horribles. J’ai aussi fait une BD sur la Première Guerre mondiale (Turcos, le jasmin et la boue, 48 pages, chez Tartamudo, 2011), là c’est encore pire ! Mais pour la Deuxième Guerre mondiale, les sources sont inépuisables avec les passionnés d’histoire qui font des reconstitutions. Il y a vraiment de quoi faire, j’adorerai travailler sur cette série…

Est-ce que tu as signé pour d’autres albums et notamment pour Les Survivants, l’un des tomes préférés des fans ?

Il n’y a encore rien de planifié pour la suite. J’attends d’avoir des nouvelles de Casterman pour savoir si on poursuit ou pas. Évidemment, si l’éditeur est partant, je suis partant aussi. Mais pour l’instant, c’est juste en discussion.

« Robin Hood », le retour aux sources de Robert Muchamore

Après CHERUB (2004-2016), Henderson’s Boys (2009-2013), Rock War (2014-2017), Killer T (2018) et Artic Zoo (2019), Robert Muchamore se lance dès 2020 dans un nouveau projet : réadapter les aventures de Robin des Bois au XXIe siècle.

C’est avec surprise que l’écrivain anglais a communiqué ce mercredi la nouvelle, sur ses réseaux sociaux : « Excité de vous annoncer ma nouvelle série de livres, six ans après ! Dans les années 2020, Robin est en fuite après l’arrestation de son père par la police corrompue de Locksley ! Le premier livre, Hackings, Heists and Flaming Arrows paraîtra en avril 2020 ». Une première description simple, limpide, pour exposer un projet qui l’occupera pendant au moins quatre ans, puisque trois autres livres, en plus du premier, sont en préparation. « Loufoque », « surprenant », « ambitieux », « sans originalité », pour certains fans de CHERUB, les expressions ne manquent pour réagir à son annonce. Des interrogations légitimes, peut-être même renforcées après la lecture du synopsis du premier tome :

Printemps 2020. Après la fermeture de sa dernière usine automobile, la ville de Locksley est en chute libre. Les écoles et les hôpitaux tombent en ruine, les maisons abandonnées sont détruites par des vandales alors que la police est contrôlée par Guy Gisborne, le gangster local.

Alors que le père de Robin Hood s’oppose à la corruption, il est déclaré coupable de vol et jeté en prison. Désormais livré à lui-même, Robin, 12 ans, doit se cacher. Un seul endroit : la forêt de Sherwood. Un territoire dangereux, qui s’étend sur des centaines de kilomètres, du lac Victoria au Delta oriental, où se confondent ours, serpents, bandits, terroristes, sectaires et bikers fous.

Pour venger son père, Robin devra d’abord apprendre à survivre en forêt.

Après deux excursions dans la littérature post-teenagers avec Killer T (désormais prévu pour juillet en France) et Artic Zoo, sa prochaine sortie anglaise, Robert Muchamore revient donc aux origines en proposant une série pour jeunes ados. « J’ai toujours pris plaisir à écrire des romans de notre époque, ancrés dans notre réalité, explique t-il. Ma version de Robin des Bois est moderne et réaliste, à l’instar des groupes de Rock War ou des agents de CHERUB« .

Le projet marque aussi le prolongement de sa collaboration avec Hot Key Books, son nouvel éditeur depuis 2018 et Killer T. Un choix évident pour Felicity Alexander, l’éditrice qui a négocié les droits de la série pour Hot Key : « Il n’y a personne de mieux placé que Robert pour écrire des livres qui transforment des enfants en lecteurs. Et maintenant, avec Robin Hood, il a créé un autre vainqueur parfait : un légendaire héros britannique réinventé dans les années 2020, avec un casting de personnages comme Marion Maid, Freya Tuck, Little John et Will Scarlock. Robin et ses amis n’ont jamais été aussi impertinents (et aussi pertinents) » développe t-elle pour The Bookseller.

Une communication exemplaire qui vise à faire du Robin Hood de Hot Key un succès populaire comme le CHERUB de Hachette Children’s Books. Car la question va éternellement se poser à Robert Muchamore : est-il capable de reproduire une saga à 15M d’exemplaires vendus à travers le monde ? Le Londonien a en tout cas décidé de reprendre ses ingrédients fétiches, déjà présents dans CHERUB, Henderson’s Boys et Rock War : des jeunes personnages confrontés à eux-mêmes, une destinée hors du commun, une impertinence moderne, une franche réalité pour mieux se rapprocher de ses lecteurs. Bref, Robert fait du Muchamore. Une recette pas toujours gagnante, comme le démontre les ventes de Rock War en Angleterre (et par conséquent ses quelques traductions étrangères).

Muchamore ou pas, le projet intrigue : comment être original tout en ne dénaturant pas l’oeuvre moyenâgeuse ? Si le décalage créé par l’âge de ce Robin est évident, le risque d’écueil reste assez élevé tant le personnage de Robin des Bois (ou Robin Hood) est commun. Entre les 20 films réalisés depuis un siècle (interprété par Sinatra, Connery, Costner, Crow ou Egerton), les adaptations télévisuelles (Arrow et Once Upon A Time en tête), les nombreux écrits (comme la saga d’Augus Donald), l’inévitable adaptation de Disney : tout le monde connaît un Robin. Il est l’un de ces personnages populaires et invariablement adaptés, comme le roi Arthur ou Sherlock Holmes. Si ce constat peut être une force de vente, il renforce les doutes et multiplient les questions.

On en oublierait presque que cette future saga est destinée à des enfants nés vers 2007, quand le premier CHERUB sortait en France ! Si Killer T et Artic Zoo sont clairement destinés aux vieux fans de James Adams, Robin Hood, lui, doit satisfaire une nouvelle génération, encore plus connectée, pas moins violente et toujours à la recherche de nouvelles expériences. Peut-être que le véritable enjeu de Robert Muchamore est là. Si CHERUB a principalement plu à la génération 1990-2000, Robin Hood devra d’abord satisfaire la génération 2005-2010.

Malgré tout, l’auteur britannique semble suivre le bon train. Alors que le célèbre Marvel Cinematic Universe (MCU pour les intimes) a débuté en 2008 avec Iron Man et regroupe dans un même univers Captain America, Spiderman ou encore Black Panther, Robert Muchamore crée petit à petit son propre univers. On savait déjà que CHERUB, Henderson’s Boys et Rock War étaient directement liés par des personnages comme Terence McAfferty et Norman Large. Avec la présence annoncée du Brigands M.C, acteurs des tomes 11 et 12 de CHERUB, dans Robin Hood, la route pour un immense crossover semble se dégager. La solution ultime pour plaire à toutes les générations ?

Avant ça, attendons d’abord Hackings, Heists and Flaming Arrows, le premier d’une saga d’au moins quatre tomes qui, si tout se passe bien, devrait être édité en France par Casterman. Le groupe d’édition belge a ainsi pris le risque d’acheter les droits de Killer T, un livre pas forcément destiné à sa tranche d’âge habituelle (3-15 ans), et semble assumer son label Muchamore. Elle devrait logiquement se tourner vers Hot Key pour les droits français, belge et suisse, même si le conditionnel reste de mise.

L’annonce de Robin Hood offre donc bien des interrogations tant littéraires, éditrices que générationnelles, à l’instar d’un long projet de série TV CHERUB débuté il y a deux ans. Dans les deux cas, les réponses ne viendront qu’avec le temps. Wait and see.

EXCLU – Killer T sortira en français !

C’est LA bonne nouvelle de l’été. Alors que le nouveau défi de Robert Muchamore sort aujourd’hui Outre-Manche, la France sera le premier pays non-anglophone à pouvoir lire les aventures de Harry et Charlie.

Le nouvel ère de Robert Muchamore…

Après le franc succès de l’univers CHERUB (2004-2016) et les ventes mitigées de Rock War (2014-2017), c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre officiellement aujourd’hui dans la carrière littéraire de Robert Muchamore. Alors que ses livres s’adressaient auparavant aux teenagers (12-18 ans), le Londonien s’offre un nouveau virage avec Killer T, roman ouvertement écrit pour les 17-25 ans.

Nouveau public mais aussi nouvel éditeur puisqu’après 28 livres chez Hachette Children’s Books, Killer T est édité par Hot Keys Books, un label plus indépendant qui a su convaincre Robert Muchamore ainsi que Clare Pearson, son agent de longue date, alors que l’auteur britannique voulait un nouveau challenge lui permettant d’écrire quelque chose de différent.

Une mission semble-t-il déjà réussie à la lecture du synopsis :

Harry et Charlie sont deux adolescents dont la vie est façonnée par une société qui évolue autour d’eux.

Lui, est un anglais solitaire étudiant dans un lycée de Las Vegas.
Elle, une amie improbable, accusée d’avoir mélangé un lot d’explosifs.

Tous les deux vont se réunir à une époque où la technologie de correction de gènes commence à exploser. Dans de mauvaises mains, la correction bon marché de séquence génomique peut devenir l’arme la plus meurtrière de l’histoire. Face à ce constat, des terroristes ont créé Killer T, un virus synthétique dont le taux de mortalité atteint les 90%, et réclament un milliard de dollars pour libérer son vaccin…

S’étendant sur dix ans et posant des questions profondes et souvent terrifiantes, KILLER T est une histoire d’amour non sentimentale, un récit de la résilience humaine et surtout un roman de notre temps.

…mais une continuité française 

La couverture anglaise de Killer T

Malgré ce contexte, sans même attendre les premiers chiffres de ventes, les droits de Killer T ont déjà été vendus pour le public français, suisse et belge, et ce à un acteur bien connu. En effet, c’est une exclu The CHERUB District, Casterman poursuit l’aventure Muchamore et publiera Killer T seulement cinq mois après sa parution originale, mi-janvier 2019. Un choix dans la continuité mais malgré tout surprenant quand on sait que Casterman est divisé en deux branches : la bande dessinée et les livres jeunesse. Cette deuxième partie est même séparée en plusieurs collections touchant les 0-3 ans, les 3-6 ans, les 6-9 ans, les 9-13 ans et les 13 ans et plus, comme on peut le voir sur leur site web. Quid de Killer T ? Concerne t-elle vraiment les 13-14 ans ? Rien n’est moins sûr.

Pour autant, l’éditeur de Tintin ou Martine amortit sa décision en faisant le choix de publier le roman directement en version poche, à 6.95€. Si c’est une bonne nouvelle pour notre portefeuille, ce parti-pris indique le faible risque pris par Casterman en matière de rentabilité : peu d’ambition pour un faible tirage destiné aux nostalgiques de CHERUB. Logique, alors qu’aucune suite à Killer T n’est prévue.

D’ailleurs, Robert Muchamore a d’ores et déjà annoncé écrire une nouvelle histoire unique, publiée par Hot Keys Books en 2019. Son titre, Arctic Zoo, n’est pas encore officiel. Cette annonce est significative de la nouvelle stratégie du britannique : si le rythme de publication reste le même depuis 2015 (un livre par an), l’intérêt qualitatif passe désormais devant l’intérêt financier. Un choix que subit par ricochet Casterman.

Néanmoins, on ne peut que se réjouir de la réactivité de l’éditeur belge. Il semblerait que l’actualité française de CHERUB et de son auteur ait encore de beaux jours devant elle. Et on ne va pas s’en plaindre.

L’édito du printemps #8 : La BD Arizona Max

L’année dernière, pour la publication de Trafic en BD, j’avais écrit sa critique quelques instants après ma lecture, afin de publier l’article le jour de la sortie officielle. Douze mois plus tard, la problématique n’est plus la même. Il n’est plus question de savoir si ces adaptions de CHERUB valent le coup. Elles les valent. Il n’est plus question de savoir si le duo Combet-Payen a su appréhender l’univers CHERUB. Comme je l’ai dit dans cette vidéo, il l’a fait.

Non, deux semaines après la sortie d’Arizona Max en bande dessinée, une lecture puis une relecture attentives plus loin, je me suis posé cette lourde question : une adaptation peut-elle mieux faire que l’original ?

C’est vrai, je l’avoue, cette question est peut-être (probablement) trop ambitieuse pour cette adaptation. Elle sera sûrement plus adéquate lorsque la série CHERUB sera sur tous vos écrans. Mais essayons !

Je sais que c’est pas vrai mais j’ai dix ans

Après avoir relu (et remarqué les fautes d’orthographe de) ma critique sur la BD Trafic, j’ai envie de dire bis repetita ! On retrouve les mêmes points forts.

Les sublimes couleurs sont une nouvelle fois au rendez-vous. Je pense à la scène de l’évasion où David Combet nous fait véritablement voir de toutes les couleurs. C’est encore une fois l’une des forces de l’adaptation. On peut souligner une progression du dessinateur sur les décors extérieurs : que ce soit Los Angeles, la maison des Little ou l’Alaska. Il y a également ces deux planches parfaites teintées d’orange où sont expliquées le fonctionnement de la prison d’Arizona Max.

Cependant, il y a un détail que j’avais remarqué l’année dernière est qui m’a encore frappé cette fois-ci, ce sont les dessins de personnages. J’ai un peu l’impression qu’ils se ressemblent tous. Il y a notamment ce moment à la page 20, où, si James ne précise pas qui est qui, j’aurais été incapable de différencier Kyle de Bruce. Je trouve qu’il n’y a pas ce soucis du détail comme il peut y avoir pour les décors extérieurs, alors qu’un grain de beauté, qu’une subtile tâche de naissance ou n’importe quelle autre caractéristique permettrait de faire la différence. Tous les personnages importants ne devraient-ils pas être uniques ?

Quand je vois Amy, 16 ans dans Trafic, et Lauren, 10 ans dans Arizona Max, je me dis : « Où sont passés les six ans de différence ? ». La fille sur la couverture est censé avoir 10 ans !

L’avantage d’un roman, c’est qu’avec son imagination, on se peut se créer sa propre vision d’une histoire (décors, personnages, perception). L’avantage d’une adaptation BD, quand on n’a pas d’imagination, c’est que le travail est pré-mâché. Mais si les personnages se ressemblent un peu tous, je me met à la place du fan de 12, 13 ans, la lecture peut-être moins agréable. Je ne vais pas changer le style de dessin de David Combet. Ce sentiment de ressemblance m’est déjà arrivé avec les travaux de Philippe Francq (même si Largo Winch n’est pas destiné au même public). En tout cas, l’adaptation doit donner toutes les clés pour comprendre l’histoire originelle (et donc les personnages). Cette affaire de déjà-vu est donc dommage.

J’ai vraiment développé les incohérences de dessins mais il ne faut pas que cela déforme mon opinion. Dans l’ensemble, si les dessins de Trafic étaient bons, ceux d’Arizona Max sont encore meilleurs !

See on both sides like Chanel

Si dans la bande dessinée Trafic on pouvait retrouver des ordinateurs Dell, Ralph Wiggum ou encore Jack Torrance, la cuvée 2018 est encore plus riche. Pêle-mêle, on peut retrouver la présence de marque comme Apple, Adidas (Gabrielle represents), Mercedes, Nokia, Duff, Fila, Jack Daniel’s ou encore l’indémodable Coca Cola. Niveau culturel, j’ai remarqué la référence à l’une des chansons des Cure, Boys Don’t Cry dont le titre est tagué deux fois dans l’album.

Notifions également le clin d’oeil à James Dean dans une affiche chez les Little. Enfin, on peut aussi deviner la playlist de David Combet grâce à cet anachronisme sur Chanel de Frank Ocean. Bref, l’album est vivant, et ça c’est cool.

L’affaire Janet Byrne 

Venons-en maintenant au travail de Baptiste Payen, qui était chargé de condenser un avant-propos, trente-trois chapitres et un épilogue en 121 planches. Il faudrait sûrement relire la mission en entière pour se rendre compte du résultat. Son rôle était de retranscrire l’histoire de Robert Muchamore. Est-ce qu’on comprend l’histoire ? Oui : mission accomplie. On peut notamment parler de cette idée géniale présente à la page 103 de représenter les deux semaines des ex-fugitifs chez les Little à travers les dessins de Curtis Oxford.

Pour Trafic, je reprochais à Baptiste Payen d’avoir zappé une scène qui semblait importante dans la compréhension du personnage de Nicole Eddison. Et bien cette fois-ci, je dois dire que c’est justement en essayant de montrer la personnalité de Dave Moss qu’il y a une case plutôt difficile à comprendre dans l’immédiat, à la page 49. Il s’agit du moment où Dave explique une sombre histoire de femme enceinte. Si la scène me paraissait utile, la réalisation n’était pas la hauteur. Mais je chipote…

Conclusion

En tout cas, si vous attendiez de moi que je dise du mal de la BD Arizona Max, c’est raté. L’adaptation me semble parfaite. Je ne voudrais surtout pas être ce genre de fan qui dit à la sortie du cinéma « Dans les comics, c’est mieux ! » (même si Civil War, bon…). C’est pourquoi je dis que c’est parfait. Pour une adaptation dessinée. Et plus ce sera parfait, plus je chipoterais sur des détails.

Terminons maintenant sur la problématique initiale. Je pense que 100 jours en enfer, Trafic et Arizona Max sont si géniaux que ni Aggs, ni Edginton, ni Payen ou Combet ne pouvaient faire mieux que Muchamore. Pas avec une adaptation dessinée. Il n’y a à mes yeux aucune marge de manoeuvre pour pouvoir le surpasser. On peut dans le meilleur cas se rapprocher de l’écrivain comme le font Combet et Payen, mais pas plus. Donc évidemment qu’entre les livres ou les BD je choisirais les yeux fermés l’option n°1. Malgré tout, je pense que ces deux dernières adaptations complètent le travail de Muchamore et permettent d’abord de faire découvrir la saga à d’autres, mais aussi d’avoir une nouvelle vision des missions. Maintenant, concernant une adaptation sur petit écran, là c’est différent. Il y a beaucoup plus de manoeuvre pour égaler et surpasser l’auteur de CHERUB.

Pour conclure, même si j’ai développé quelques défauts, ça me semble difficile pour Baptiste Payen et David Combet de faire mieux dans une hypothétique BD sur Chute Libre. Je ne sais pas pour combien d’albums le duo a signé ni même si les ventes sont satisfaisantes pour Casterman. On peut d’ailleurs noter que Hachette UK a décidé de ne pas traduire ce 3e opus en anglais. Mais en tant que fan, je préférerais avoir une BD sur les Henderson’s Boys que sur la 4e mission. À bon entendeur…