Interview de Robert Muchamore – « Mon premier million »

INTERVIEW MILLION ROB

Nous vous proposons aujourd’hui une petite interview de Robert Muchamore, réalisée par le très sérieux Financial Times en mars dernier, et intitulée « My First Million ». Les questions de Natalie Graham nous permettent ainsi de voir une autre facette de la personnalité de l’auteur de CHERUB.

Est-ce que vous pensiez un jour être ce que vous êtes ?
Venant d’un milieu ouvrier, je suis surpris de voir où je suis maintenant. Ma mère était femme de ménage et mon père, laitier chez Co-op. Peu importe à quel point vous avez du talent, il vous faut toujours de la chance pour atteindre le haut niveau. J’ai eu cette chance que la récession économique n’ait pas affecté mes ventes de livre – bien au contraire. Un auteur n’est pas directement lié au cycle économique.
Lorsque j’ai commencé à écrire 100 jours en enfer (The Recruit en VO) à l’âge de 29 ans, mon ambition était de voir mon nom dans la presse et de me faire assez d’argent pour passer de bonnes vacances. Le livre est sorti quand j’avais 32 ans, et je travaillais toujours à plein temps. L’idée du roman m’est venu après avoir rendu visite à ma sœur en Australie. Jarred, mon neveu, avait alors 12 ans. Il était brillant, mais pas intéressé par les livres fantasy populaires de l’époque. Je me suis dit qu’il devait y avoir tant d’autres enfants ne pouvant lire quelque chose qui leur plairait. Au moment où 100 jours en enfer est paru, mon neveu avait 19 ans et était désormais trop vieux pour le lire.

Quand vous avez gagné votre premier million, vouliez-vous ralentir un peu ?
En février 2010 j’avais un montant a 7 chiffres sur mon compte bancaire. Fin 2009, j’ai signé un accord de publication pour 7 livres, et j’ai eu une grand avance de mon éditeur. Normalement, on reçoit un tiers en avance pour la signature du contrat, un tiers quand on rend le manuscrit et un tiers le jour où le livre est publié.
L’argent m’a permis de quitter la maison de mes parents et de m’acheter une maison avec 5 chambres à Crouch End. Je cherchais une maison depuis 2008, quand mon budget était de £500,000 (≃ 632 676 euros). La maison que j’ai finalement acheté en 2010 valait £1,3 milion. Je l’ai payé en liquide avec les sommes que je gagnais a l’époque.

Quel est le secret de votre succès?
Je publiais au moins deux livres par an entre 2004 et 2014. Si on fait attendre les jeunes trop longtemps, ils se désintéressent. L’inspiration est difficile à trouver, mais on peut regarder et écouter les gens. On doit garder l’esprit très ouvert. Je suis toujours à l’affût de nouvelles idées.
En plus de faire du marketing, quelques étapes simples sont importantes. Traitez bien les gens comme les fans ou les bibliothécaires, prêter attention aux détails en permanence en faisant toutes les petites choses. Si un fan m’écrit par mail, je lui réponds directement. J’entends parler d’une bibliothèque, je leur envoie personnellement des posters. J’ai quelqu’un qui vient 10-12 jours par an pour m’aider a répondre a tous les messages.

Quelles ont été vos préparations pour vous aider à l’écriture ?
Je dirais que avoir eu de mauvais notes et devoir me trouver un travail. Même si j’étais satisfait ça m’a confronté à la réalité et c’était plutôt un bonne expérience. J’ai du confronter le monde extérieur, rencontrer des gens et gagner de l’argent. J’étais brillant mais pas très académique. J’ai abandonné les cours avancés de mathématiques après un an, j’ai raté mes études d’économie et réussi de justesse mes études politiques. Simplement je n’aimais pas l’école.

Avez-vous le temps de gérer vos finances personnelles ?
C’est très simple. Je fais tout moi même. De temps en temps, je change mes placements. Mais il m’arrive des fois de pas changer pendant quelques années et c’est comme ça que les banques font de l’argent.
En moyenne je ne laisse pas passer plus de 2 ans sans m’assurer que mon placement financier est le plus performant. J’utilise l’assurance voyage de ma banque, qui fait partie de mon contrat standard.

Avez-vous une stratégie pour votre carrière ?
J’ai réalisé très tôt que Internet prenait de plus en plus de place dans la vie des jeunes, mais les éditeurs ne profitaient pas de ça au début des années 2000.. Quand mon premier livre a été publié, j’ai créé mon premier site internet, un liste de distribution e-mail et donne aux lecteurs des opportunités d’interaction, comme des concours, des histoires bonus sur mes personnages les plus célèbres. Je pense que tout auteur a besoin de créer son propre marketing pour augmenter son nombre de fans. Au début je passais une journée par semaine à répondre aux emails et à travailler sur le site internet et un autre à visiter les « secondary schools » pour raconter ce que c’est d’être un auteur. En juillet 2005, mon troisième livre venait d’être publié et j’ai eu deux contrats : on a vendu les droits du film à une compagnie anglaise et les droits en Amérique afin de publier les livres là-bas. Ces contrats nous amènent des montants à 5 chiffres, assez pour arrêter de travailler pendant 2 ans. J’avais 32 ans a l’époque.

Quelle a été la période la plus difficile de votre carrière ?
Je dirai que c’est là où j’en suis aujourd’hui, mes livres ont beaucoup de succès mais pas autant qu’au début, et il ne me reste qu’un seul livre à publier dans ma série la plus connue : CHERUB. Je dois donc répondre à une grande question : qu’est ce que je pourrai écrire par la suite ? Essayer d’écrire pour les adultes, ou pour les plus jeunes ? Je reste toujours à passer une journée par semaine à répondre aux mails des fans et à mettre à jour mes quatre sites internet.

Allez vous continuer à travailler jusqu’à la fin ?
Oui, un des bons avantagse d’être un auteur c’est la flexibilité. Quand j’aurais 60 ans peut-être que je n’aurais pas l’énergie pour écrire 2 livres par an, mais rien n’empêche une personne âgée d’écrire un livre s’il y a un éditeur prêt à le publier.

Avez vous déjà fait un plan de retraite ?
Quand j’ai travaillé en temps qu’enquêteur, j’ai commencé à cotiser à 21 ans dans un plan de retraite. A 35 ans quand j’ai commencé à gagner des montants considérables avec mes livres, j’ai constitué un fond d’investissement que je gère moi-même. Cela me permet de minimiser les frais de gestion dans l’environnement déflationniste dans lequel nous sommes.

Pensez vous transmettre quelque chose à la communauté ?
Les 8 dernières années, je n’ai pas été rémunéré quand j’ai visité les écoles pour donner des conférences, habituellement aux 11-13 ans, sur ce qui m’a décidé a devenir un écrivain. Je fais normalement deux sessions de « questions-réponses » par jour. Il y avait 600 enfants dans le public quand je suis aller parler au Symphony Hall à Birmingham.

Est-ce que vous vous donnez des fois des caprices ?
Deux fois par an, lorsque je veux terminer un livre, je pars dans un hôtel 5 étoiles à Las Vegas, en avion classe business pour quelques semaines. J’écris le matin, assis de temps en temps au soleil, et l’après midi je vais aux casinos ou dans un bon restaurant. La première fois que j’y suis allé c’était en 1999, et j’étais fasciné par l’endroit et son histoire. J’aime avoir de l’argent quand cela rend la vie plus facile et confortable, comme pouvoir voyager en classe supérieure dans un avion ou prendre un taxi s’il pleut.

Pensez vous donnez de l’argent à une famille ?
J’ai écrit mon testament il y a quelques années. Ma résolution pour la nouvelle année est de réfléchir à ces sujets.
Si tu as assez d’argent pour une belle maison et une vie confortable, tout le reste n’est pas nécessaire. Je vais laisser une partie de mon argent pour une bonne cause.

Votre investissement le plus conservateur ?
Depuis mes 16 ans je collectionne des livres de photographie. Je gardais mon salaire de Jessop’s pour acheter des livres de gens comme Don McCullin et Martin Parr. Je payais £20 pour chaque un, ce qui paraissait énorme à l’époque, mais quelques-uns ont acquis une vraie valeur de collectionneur.
J’ai un livre de Elliot Erwitt avec deux signatures dans la couverture et qui s’est vendu sur E-bay à £1.250.
Certains de ces livres sont rares car ils sont chers à produire et souvent, il n’y en a qu’un exemplaire.
J’aime encore aller au galeries photographes de Oxford Circus ou à la librairie Magma à Covent Garden et dépenser £45-60 dans un livre avec des belles photographies. Je réalise seulement maintenant comment sa valeur peut augmenter, mais je dois aimer leur contenu. Je n’achèterais jamais un livre comme un simple investissement.

Copyright The Financial Times Limited 2016. All rights reserved

On espère que cette interview vous a plu ! On se retrouve dès demain pour une autre nouveauté sur The CHERUB District.