Le Temps des adieux – Antoine Pinchot

Depuis 2007 et ses débuts en France, CHERUB a connu de nombreux événements et projets outre les nombreuses publications de romans et les dédicaces. On parle ici des fansites, des vidéos YouTube, des missions de la C-Zone, du serveur Minecraft, des lives, des concours, ces petits riens qui faisaient vivre la communauté française. Derrière ces réalisations se cachent des fans, des hommes, des femmes, aujourd’hui bilingue, étudiant, réalisateur ou booktubeur.

CHERUB se terminant, The CHERUB District se devaient de leur donner la parole une dernière fois. Le temps pour eux de se remémorer, de partager, de sourire, le Temps des adieux.

Aujourd’hui, j’ai envie de dire que c’est un numéro plutôt spécial, puisque j’ai eu la chance d’interviewer Antoine Pinchot, le traducteur officiel et attitré de Robert Muchamore, pour Casterman. Cette interview est à lire dans la continuité de celle réalisée en 2010, les deux entretiens n’abordant pas les mêmes thèmes.

Enfin, je tiens à remercier Antoine Pinchot, qui a eu la gentillesse et la sympathie d’accepter de répondre à nos questions, entre la traduction de deux chapitres de Rock War 3. Bonne lecture !


Avant d’aborder la fin de la saga, j’ai envie de commencer cette interview par une petite curiosité. En préparant l’entretien (car oui chez The CHERUB District, on est sérieux !), je suis tombé sur votre groupe All If et j’ai été plutôt agréablement surpris par la professionnalisation de votre passion ! Le métier de traducteur laisse autant de temps libre ?

Disons qu’il existe un seuil de saturation chez le traducteur, un temps de travail quotidien au-delà duquel le QI chute dangereusement. Comme mon seuil personnel est assez bas, il me reste du temps pour pratiquer cette activité qui ne mobilise pas les mêmes zones du cerveau.

Comme beaucoup de groupes amateurs, vous avez fait appel au crowdfunding pour enregistrer votre dernier album, Absolute Poetry (je signale au passage que All Back To My House est mon titre préféré). Outre le fait de voir la légendaire M (aka Marie Roy) participer au financement, j’ai cru voir le nom de Benoît Hamon dans la liste. Je ne me trompe pas ? Un candidat à l’élection présidentielle est fan d’All If ?

Merci encore à Marie ! J’ai été aussi surpris que vous de voir apparaître Benoît Hamon parmi les donateurs. Renseignements pris, il s’agirait d’un homonyme. C’est décevant, certes, mais nous ne désespérons pas de recevoir le soutien du candidat Sylvain Durif, Grand Monarque et Christ cosmique – ou quelque chose comme ça.

J’imagine que pour vous, ça a été un cadeau du ciel de voir Robert Muchamore écrire sur l’ascension de jeunes musiciens, avec Rock War ?

Oui, c’est amusant, d’autant que j’ai fondé mon premier groupe au même âge que les personnages. Je dois cependant préciser que la réalité était très différente de celle décrite par Robert. D’une part, le résultat était affreux sur le plan musical, car nous étions davantage occupés à soigner notre look à la The Cure qu’à travailler nos instruments. D’autre part, notre vie sentimentale était plus calme, beaucoup plus calme, puisque nous n’étions en somme que des geeks obsédés par le matos, les guitares vintage, les synthés analogiques et autres bidules à connexion midi.

Bon, entre nous, vous avez pleuré en traduisant Commando Adams ?

Non. Cette fois, j’ai été un grand garçon très courageux. Bon, soit, j’ai peut-être eu un tout petit peu les larmes aux yeux en traduisant le dernier chapitre.

Comment avez-vous fait vos adieux à la saga ?

Sobrement. Je n’ai pas débouché le champagne. Je me suis immédiatement lancé dans la traduction de – pub ! – Phobie douce de John Corey Whaley, dont j’avais déjà adapté – repub ! – À la recherche de ma vie, que je recommande chaudement dans un tout autre style que CHERUB.

Passons à une question qui peut sembler évidente dans votre cas : qu’a changé CHERUB dans votre vie ?

Beaucoup de choses ! Tout d’abord, n’y allons pas par quatre chemins, la série m’a apporté une certaine stabilité financière, ce qui m’a permis de vivre plus confortablement. D’autre part, il est extrêmement satisfaisant pour un traducteur d’être lu par un grand nombre de lecteurs. J’ai même à plusieurs reprises croisé des parents qui avaient lu toutes les missions ! Savoir qu’on travaille sur une œuvre pour laquelle les gens se passionnent décuple la motivation.

Pour ceux qui ne le savent pas, l’homme derrière les Dossiers Secrets, paru en avril dernier, c’est vous. Expliquez-nous comment cela s’est passé.

Nous avions besoin de contenu original pour lier les textes inédits publiés dans Dossiers Secrets, et les inscrire dans une forme de récit. Il se trouve que j’ai une passion bizarre pour la rédaction de faux documents. Par exemple, j’adore adopter ce ton très sérieux propre aux articles ou aux ordres de mission figurant dans les épisodes de CHERUB. Alors plutôt que d’écrire en mode fanfic – une acrobatie qui frôle souvent la trahison – j’ai réalisé ces fac-similés de journaux clandestins et de rapports internes. Et je me suis carrément éclaté.

J’aimerais bien avoir votre avis (toujours objectif) sur la saison 2, qu’un grand nombre de fans trouve décevante. L’auteur a-t-il commis une erreur en voulant reprendre à zéro ?

Ce changement était inévitable. James Adams ayant quitté CHERUB, les fans se seraient-ils passionnés pour ses aventures à la fac ? J’en doute. Et de vous à moi, je n’ai jamais douté qu’il réapparaîtrait dans la série.

Donc les tomes 13 et 14 étaient une petite entourloupe littératico-financière pour préparer ce come-back ?

Je pense que Robert avait mal mesuré l’attachement de lecteurs à ses personnages originaux. C’est un auteur qui ne fait pas de calcul mais, au contraire, écrit simplement les romans qu’il aimerait avoir lu dans sa jeunesse. C’est ce qui est si rafraîchissant.

Avec le recul, 100 jours en enfer est toujours selon vous le meilleur tome de la série ? Les derniers tomes ne pouvaient le concurrencer ?

Oui, ça reste mon épisode préféré, celui où j’ai découvert cet univers inconnu, réaliste et parfaitement cohérent. Et sur le plan professionnel, j’avais le sentiment d’être sur quelque chose d’énorme, et cette impression se renforçait à chaque chapitre. Par essence, les tomes suivant ne pouvaient pas procurer un choc comparable.

Lors du premier entretien, vous expliquez que votre fille, alors âgée de 8 ans, n’avait pas encore lu CHERUB. Vous avez réparé ça ?

Comme le temps passe… Elle est tombée dedans, évidemment, et a même arboré un temps le T-shirt noir. Elle s’est arrêtée à Black Friday, quand elle s’est mise en tête d’apprendre à jouer de tous les instruments de la terre – une malédiction familiale – et s’est lancée dans le cosplay, sans doute pour me contrarier. Mais je ne désespère pas de la voir terminer la série, même si je dois recourir à d’odieuses manœuvres de chantage.

Vous avez tout notre soutien dans votre machination ^^

Je vous remercie. Je vais en avoir besoin.

Nous sommes en 2016 (bientôt 2017) et toujours aucun projet concret d’adaptation à l’écran de CHERUB. Selon vous, il n’y a plus d’espoir ?

Je n’ai aucune information concernant ces projets d’adaptation. Comme je suis toujours traumatisé par la version grand écran de Harold et les dragons, je ne sais pas si c’est un bien ou un mal.

Ces dernières semaines, on parle d’une série Netflix qui serait dans l’air. C’est rassurant pour vous ?

Ce serait le format et le média idéal. Les productions Netflix sont tellement plus souples ! Voyez la série OA, dont les épisodes n’ont pas tous la même durée. Cette liberté conviendrait parfaitement à CHERUB, dont les missions ont un cadre et un rythme souvent très différents les uns des autres.

Aujourd’hui, mise à part la traduction des prochains Rock War, quels sont vos projets ?

Évidemment, à ce jour, l’avenir s’annonce un peu moins glorieux. Dans l’idéal, j’aimerais participer à un projet comparable, car ce fut un vrai bonheur de traduire CHERUB, de voir ses personnages évoluer et, au bout du compte, faire partie de ma vie. *soupir et voix étranglée*. Ça me donnerait presque envie de créer mes propres héros, mais ça, c’est une autre histoire…

« Le traducteur devenu auteur« : c’est vrai que cela sonnerait bien…

C’est pas gagné. À ce jour, j’ai beau me creuser, je n’ai strictement rien à raconter qui s’étende au-delà de deux feuilles recto-verso.

Pour conclure cet entretien, j’aimerais avoir une pensée philosophique avec cette phrase d’Anatole France, qui est évidemment à mettre en perspective avec la fin de CHERUB : « Ne perdons rien du passé. Ce n’est qu’avec le passé qu’on fait l’avenir. »

Exact ! Et comme disait Winston Churchill : « Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais, c’est peut-être la fin du commencement. »


Voilà, on espère que cette interview vous a plu (n’hésitez pas à le dire en commentaire), et on se retrouvera probablement dans deux ou trois semaines pour le dernier numéro du Temps des adieux.