Robert Muchamore dévoile sa maladie

En décembre 2012, quelques semaines avant son quarantième anniversaire, Robert Muchamore, l’auteur de CHERUB, a été admis dans un hôpital psychiatrique pour dépression. Il est sorti quatre mois plus tard, avec un lourd traitement pour combattre cette dépression. Aujourd’hui l’auteur de CHERUB a décidé de rompre le silence et d’en parler publiquement dans un grand journal anglais: The Guardian.

Cet article se découpera en deux temps. Tout d’abord nous allons vous retranscrire en français le récit de Robert Muchamore dans The Guardian. Puis, nous vous expliquerons pourquoi nous avons choisi de garder le silence alors que nous étions au courant depuis longtemps.

Voici donc, dans un premier temps, le récit de Robert Muchamore dans The Guardian. Il a décidé de raconter une nuit qui a littéralement marqué sa vie. A lire maintenant:

En Août 2012, après une période prolongée de dépression, je n’ai pas réussi à dormir pendant presque quatre jours. Avec le recul, c’est cet évènement qui m’a fait réalisé que je n’étais pas simplement en train de souffrir d’un cas sévère du blues, mais que j’étais vraiment malade. Une maladie qui m’avait amené à être interné deux mois dans un hôpital psychiatrique et à subir un dur rétablissement.

C’est une période de l’année où la nuit est très courte. Je suis assis sur un coin de mon lit, les jambes croisées. Je n’avais pas fait ça depuis l’école maternelle. Mon calepin marron Muji est rempli de notes. Je sais que je tiens entre mes mains le prochain bestseller.

Mon couvre-lit en soie est si beau. Je ne porte qu’un caleçon, et mes jambes, recouvertes d’un voile de sueur, reflètent le lever du soleil. C’est un bonheur absolu. La ruée vers cette énergie de créativité est bien plus importante que tout ce que j’ai vécu.

Je suis réveillé depuis plus de 50 heures. Je sais que c’est mauvais, mais cela ne m’importe peu. Je vois ce problème comme si je prenais un télescope à l’envers. Je n’ai personne à côté de moi que je peux toucher, donc je vais dans mon vestibule et prend mes chemises dans mes bras et les serre fort contre moi. Je retrouve des peluches, ça me rappelle mes vacances en voiture, mes Kaplas, et les petites chaises de l’école maternelle.

Cuisiner est une perte de temps pendant cet instant de créativité, mais les tortillas et les mini-babybels dans ma bouche me guident droit au paradis. Je n’ai aucun désir, car tout est déjà parfait. Je n’ai ni faim ni envie de rien, juste des pensées-éclair et une sensation de bonheur dès que je touche, goûte, voit ou sent quelque chose.

Sept mois plus tôt, une bombe a éclaté dans ma tête. Une crise de la quarantaine un peu cliché, qui s’est déclaré trois mois après mon quarantième anniversaire.

Je doutais de tout. Dans mon état de dépression, tout ce que j’avais réussi dans ma vie ne comptait plus, tout mes défauts m’apparaissaient aux yeux tels des monstres de 3 mètres de haut. Je disais à mon psychologue que j’avais gâché toute ma vie. J’avais accroché une corde sous l’escalier de ma cuisine et m’étais fouetté violemment avec, car j’avais trop peur de sortir de ma misère.

Donc, peu importe si vous y croyez ou pas, mais mon état de béatitude nuptiale est comme une récompense. Un jour où je n’ai pas envie de mourir. Cette façade commence à se fissurer quand je me dis qu’il faut que je quitte la maison: je met littéralement une heure à enfiler un T-shirt et un jean. Récupérer mon portefeuille, mes clés, mon téléphone and ma carte de transport est la chose la plus déroutante que j’ai rencontré depuis mon épreuve de mathématiques du bac.

Dehors, je lézarde au soleil. Mais mes amis et ma famille sont inquiets et m’ont donné rendez-vous à une heure donnée. Je suis maintenant éveillé depuis 70 heures. Je rate mon taxi et finis donc par prendre le métro jusqu’à Sloane Square.

Une correspondance à Victoria devient une véritable odyssée. Je me retrouve dans le train allant dans le sens opposé, car les indications ne sont que des lignes et des couleurs. Dans un accès de colère, je songe à sauter sur les voies, devant le train arrivant. La ligne circulaire que j’emprunte est une ligne de choix pour se suicider, car sur la plupart des autres lignes de métro, il y a une tranchée sous les rails. Une amie inquiète attend à la sortie de la station Sloane Square. Je pleure quand je la vois.

« Ca fait combien de temps que tu n’as pas dormi ? » me dit-elle, en attrapant mon bras de peur que je tombe ou que je me jette sous une voiture.

« Réalisez-vous que vous avez parlé pendant vingt-minutes, sans prendre une seule respiration ? » me fait remarquer le psychiatre.

Je n’avais pas réalisé.

J’avais lu une tonne de choses sur internet et aspirait à avoir le diagnostic du bipolaire, super tendance à ce moment. Le psychiatre n’est pas convaincu et dit que j’ai un cas d’école d’insomnie, déclenché par une dépression régulière.

Je rentre à la maison avec des anti-psychotiques pour m’aider à améliorer mon humeur et des benzodiazépines pour m’aider à dormir. Quand je me suis mis au lit ce soir là, j’étais resté éveillé pendant plus de 80 heures.

Robert Muchamore.

C’est donc un récit troublant et touchant que l’auteur livre dans The Guardian. L’équipe de The CHERUB District était au courant de la dépression de Robert Muchamore depuis son hospitalisation en décembre 2012. Cependant nous avions décidé de ne pas en parler et de seulement évoquer « la maladie de l’auteur » par respect pour sa vie privée. Cependant, comme l’auteur a décidé de rompre le silence et en accord avec notre ligne éditoriale, nous étions maintenant dans le devoir d’en parler. C’est maintenant chose faite.

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